L’Office Divin comme fondation de notre civilisation et pourquoi il devrait être restauré (Partie II)

Traduit de l’anglais, texte original tiré du blog Modern Medievalism http://modernmedievalism.blogspot.com/2012/10/the-divine-office-as-foundation-of.html

Partie II sur II

Vous pouvez ici retrouver la partie I

De la participation des laïcs médiévaux à l’Office Divin

Nous avons des preuves très nombreuses de la participation à l’Office pour ce qui est de la classe nobiliaire et pour les érudits. Dans n’importe quel grand musée présentant une exposition de trésors médiévaux vous trouverez forcément un Livre d’Heures. Les livres d’Heures étaient des compilations de textes religieux utilisés par les laïcs qui savaient lire. Un livre de ce genre contient habituellement le Petit Office de la Vierge, la Litanie des Saints, certains des Psaumes, l’Office des Morts, et peut-être l’Ordo de la Messe ainsi que les dévotions à pratiquer pendant que l’on y assiste. On pourrait clairement les considérer comme les premiers ancêtres du missel de poche. Les Livres d’Heures avaient tellement de valeur dans la culture médiévale qu’ils étaient richement enluminés. En fait, les Livres d’Heures constituent le plus gros des collections de livres manuscrits enluminés que nous avons conservés.

Cela, bien évidemment, laisse complètement de côté la plus grande majorité des laïcs qui ne savaient pas lire. Ils assistaient cependant volontiers aux Heures avec autant de ferveur que la noblesse. Bien qu’ils ne pussent probablement pas participer à la récitation des Psaumes, il ne paraît pas inimaginable que semaines après semaine, même le plus humble des paysans puisse mémoriser les mots qui composent le Magnificat ou le Te Deum. Ce qui a indubitablement fait de l’Office Divin une dévotion accessible à la plupart des laïcs au Moyen-Âge, c’est le fait que les Heures étaient priées publiquement chaque jour dans les paroisses, quelques soient les personnes qui y assistaient. Même les Matines semblaient sans doute moins ardues pour un laïc illettré qui assistait à l’Office jour après jour depuis sa plus tendre enfance que pour un croyant du XXIème siècle qui y assisterait pour la première fois.

Le caractère public des Offices est le point clef qu’il faut garder à l’esprit. Le fait que dans la norme actuelle de l’Église Latine, les prêtres prient tous les Offices mais de manière privée, est une des causes de la disparition du désir des fidèles de participer aux Offices, et non des moindres. Les Offices ne sont devenus qu’une dévotion mineure consistant à lire un bouquin entre une réunion du conseil paroissial et le dîner, ne jouant dès lors plus aucun rôle dans la vie de foi des laïcs. Le clergé médiéval, avec tous ses défauts, aurait trouvé cela impensable. Gasquet constate la chose suivante durant les visites pastorales, lorsque l’évêque ou son vicaire venait pour inspecter les locaux de la paroisse afin de s’assurer que tout était conforme aux besoins de l’Office :

« Les sources relatives aux visites ad limina montrent bien que l’on attendait même de la plus petite église que son recteur fut en mesure de proposer des livres pour suivre Matines. Ainsi, dans les rapports de visites pastorales des églises paroissiales du diocèse d’Exeter en 1440, on retrouve constamment notes relatives à l’état d’usage des libri matutinales allant de à réparer à état correct. Dans un cas en particulier, il est rapporté que le recteur avait fait construire une nouvelle chancellerie, avait fait beaucoup pour la bonne tenue de son habitation et surtout fournissait des livres pour suivre Matines en bon état. Dans un autre rapport on apprend qu’un recteur avait engagé un scribe afin de rédiger de nouveaux livres. »

Si le recteur n’apportait pas satisfaction aux fidèles concernant Matines, ils ne manquaient pas de s’en plaindre à l’évêque.

« Dans le même diocèse en 1301, il avait été enregistré une doléance des paroissiens de Colebrooke, lors de la visite pastorale, parce que leur vicaire ne chantait pas les Matines lors des Grandes Fêtes avec musique (cum nota), et qu’il disait seulement la Messe un jour sur deux ».

Du déclin de l’Office Public jusqu’à sa disparition

Comment les Offices, pourtant priés publiquement dans les églises, sont-ils tombés en disgrâce dans notre liturgie ? Il y a moultes raisons, mais je me limiterai à quatre théories (ndlr. en réalité cinq).

1) L’invention du Bréviaire, comme je le mentionnais plus haut, permit de synthétiser l’intégralité des Offices en un seul ouvrage, rendant la liturgie plus mobile. Auparavant, l’Office était public presque par nécessité : un livre pour les antiennes, un autre pour les Écritures Saintes, un autre pour les collectes, un autre pour les lectures des Pères de l’Église, et ainsi de suite. Prier l’Office requérait donc une répartition du travail de telle sorte que le clergé devait se rassembler. L’introduction du Bréviaire, incroyablement pratique, eut la conséquence malencontreuse de compartimenter l’Office en quelque chose de plus propice à la dévotion privée.

2) La suppression des stalles et de la clôture de chœur. J’ai récemment mis en ligne un article d’Auguste Welby Pugin, intitulé Earnest Appeal for the Revival of the Ancient Plain Song dans lequel l’architecte démonte sans sourciller la tendance moderne à user de gradins dédiés à la chorale plutôt que d’employer les stalles traditionnellement réservées aux chantres dans le chœur. Pendant la Contre-Réforme, les architectes des églises catholiques enlevèrent en effet les stalles afin de raccourcir le sanctuaire et ainsi d’en rapprocher les fidèles, en réponse aux critiques que leur adressaient les protestants qui reprochaient aux prêtres de couper les fidèles de l’action dans le sanctuaire. Mais la disparition de la clôture de chœur et des stalles a inévitablement eu pour conséquence de laisser penser que le fait de réunir le clergé pour prier publiquement l’Office n’était plus une partie aussi importante de la vie cléricale. Cela a sans aucun doute encouragé le clergé à prier l’office en privé, entre des messes plus nombreuses ou des dévotions jugées plus importantes pour le développement des laïcs dans la nouvelle Église nouvellement réformée.


3) L’étalement urbain. Il est inévitable, mais depuis que les églises ne sont plus le cœur géographique des communautés, force est de constater que cela prend désormais plus de temps pour se rendre à l’église pour prier. Or, comme cela prend plus de temps, cela incite les gens à n’aller à l’église que pour les évènements qu’ils jugent les plus importants.

4) La négligence de l’Église elle-même. Les prêtres et les diacres ne prêchent pas à propos de l’importance des offices ou n’emploient même pas les leçons de ceux-ci à l’ambon. Quand avez-vous entendu pour la dernière fois un prêtre citer dans son homélie les lectures des Matines du jour ? l’antienne des premières vêpres, la veille au soir ? Un prêtre solidement ancré dans l’orthodoxie va mettre l’accent sur le fait d’assister à la Messe, de recevoir la Communion, de prier le Rosaire, d’adorer le Saint Sacrement, de fréquenter les Écritures Saintes, de faire l’aumône ou bien d’aller se confesser. Toutes ces choses-là sont essentielles pour renforcer notre foi. Mais en ce qui concerne l’Office Divin, pas un mot. S’il n’est pas assez important pour y faire seulement allusion dans l’homélie, rien d’étonnant à ce que celui-ci soit effacé de la culture catholique populaire.

5) Le silence des cathédrales. C’est probablement la pire raison parmi toutes. La cathédrale d’une ville, la paroisse de l’évêque même, devrait normalement être un modèle à suivre pour toutes les autres paroisses du diocèse. Lorsque j’ai récemment visité la basilique cathédrale de Saint Pierre et Saint Paul de Philadelphie, je songeais à la quantité d’argent qui avait dû être investi pour que cette église ressemble à un Saint-Pierre en miniature. Et pour autant, six jours sur sept, l’église est généralement vide. Exceptées les quelques messes qui y sont célébrées et une petite fortune dépensée en climatisation, la basilique cathédrale est aussi silencieuse qu’un tombeau. Il est honteux qu’une église aussi opulente, siège du seul archevêque américain canonisé, n’ait pas seulement une seule heure de l’Office Divin de planifiée dans son agenda. On pourrait dire la même chose de la plupart des autres cathédrales aux États-Unis [ndlr : et de France].

La cathédrale Saint Pierre et Saint Paul de Philadelphie, un temple superbe qui ne propose malheureusement aucun office public

Un plan pour restaurer l’Office Public à la place qu’il mérite

Si j’ai donné l’impression d’avoir été excessivement dur précédemment, je reconnais que la restauration de l’Office Divin est plus facile à dire qu’à faire. Je ne prétends pas connaître tous les obstacles auxquels sont confrontés les pasteurs, mais je me permets néanmoins d’offrir les suggestions suivantes qui pourraient s’avérer utiles pour tout prêtre, diacre ou chantre, ou bien toute personne en mesure d’organiser une célébration publique des Heures dans leur église. Si ne serait-ce qu’une paroisse lit et adopte avec succès une des solutions que je vais proposer, je considérerai cet article comme un grand succès.

1) Restaurer les vêpres du Dimanche. L’Heure de Vêpres a longtemps été la plus populaire auprès des fidèles jusqu’au XXème siècle et l’on trouve plus de compositions musicales pour ses hymnes et le Magnificat que pour n’importe quelle autre Heure. Dans l’article précédemment cité de Pugin (Earnest Appeal), on peut lire :

« C’est une monstrueuse erreur que de croire que le peuple ne peut pas entrer pleinement en communion avec l’esprit de l’Office Divin. En France, il n’y a guère de paroisse rurale où les gens ne se joignent pas au chant des vêpres et aux offices avec un sincère dévouement. »

C’était en 1850, bien après la fin du Moyen-Âge. Nous pouvons lire également dans l’article Vêpres de l’Encyclopédie Catholique de 1912 :

« Nous voyons donc toute l’importance de l’attachement constant de l’Église à l’Office de Vêpres. C’est le seul qui a conservé toute sa popularité (excepté, bien entendu le Saint Sacrifice que nous ne qualifions pas ici d’Office) parmi les chrétiens pratiquants jusqu’à ce jour. Matines et Laudes, compte tenu des heures auxquelles elles sont célébrées ont toujours été d’accès plus difficile pour les fidèles ; de même, les petites Heures, excepté peut-être l’Heure de Tierce qui sert d’introduction à la Messe. Les Vêpres au contraire occupent un moment privilégié vers la fin de journée. Les dimanches, c’est l’Office le plus susceptible de réunir les fidèles et, partant, de bien clore le Culte Divin pour la journée. C’est pourquoi, dans la majorité des pays catholiques, la coutume des vêpres dominicales existe depuis si longtemps et est toujours maintenue.

Je dois vous faire part de l’un de mes souvenirs les plus mémorables d’un séjour d’une semaine à travers la France qui remonte à Décembre dernier : j’eus l’occasion d’assister à des vêpres en semaine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris où, bien que je n’aie pu chanter la partie en Français avec les paroissiens locaux, j’ai néanmoins pu associer ma voix à la leur pour le Magnificat en latin, ainsi que le firent tant de générations de chrétiens avant nous.

Au XIXème siècle, l’Église en Amérique pensait toujours que la célébration publique de l’office des Vêpres était bien évidemment essentielle. La deuxième session plénière du concile de Baltimore en 1866, dont les décrets furent approuvés par le pape Pie IX, le réaffirmait :

« que, dans la mesure du possible, des vêpres complètes soient chantées lors des Dimanches et Fêtes dans toutes les Églises, en suivant la coutume Romaine, et que les vêpres ne soient jamais remplacées par d’autres pieuses dévotions ; car la louange solennelle toujours florissante après tant de siècles et approuvée par les évêques de l’Église doit être jugée plaisante à Notre Seigneur Tout Puissant. »

Même la Constitution Sacrosanctum Concilium du second concile du Vatican affirme la nécessité de célébrer les vêpres en paroisse :

« 100. Les pasteurs veilleront à ce que les Heures principales, surtout les vêpres, les dimanches et jours de fêtes solennelles, soient célébrées en commun dans l’église. On recommande aux laïcs eux-mêmes la récitation de l’office divin, soit avec les prêtres, soit lorsqu’ils sont réunis entre eux, voire individuellement. »

Avec autant d’autorités réaffirmant l’importance de la célébration publique des vêpres du dimanche, il est de plus en plus difficile de trouver des prétextes pour ne pas les proposer. Je vois déjà venir néanmoins les deux principales objections, la première étant que cela serait difficile à mettre en place en permettant aux fidèles de suivre sans investir dans des bréviaires. A cela, je réponds que la technologie moderne nous offre désormais des moyens simples pour imprimer l’intégralité de l’Ordo des vêpres, ou de n’importe quelle Heure d’ailleurs, ou bien de les lire sur une simple application sans même avoir besoin de tourner les pages. Je citerai à nouveau l’article de Pugin :

« Il est tellement facile à l’ère de l’imprimante de multiplier les livres pour chorales ad infinitum. Il est tellement simple d’imprimer la musique des cinq messes grégoriennes [les plus courantes, ndlr] afin de les mettre à portée du plus humble des hommes. »

J’ai déjà commencé la mise en page d’un carnet de l’Office Divin imprimable par quiconque le souhaite. Vous trouverez ci-contre une page témoin extraite de l’ordo de Sexte du Bréviaire de 1962 :

Un jour je les mettrai en libre accès pour téléchargement quand j’aurai acquis la capacité de stockage requise. Pour l’heure, je me contenterai de préparer et d’envoyer l’ordo de n’importe quelle Heure, de n’importe quel type de Bréviaire, à quiconque me le réclamera en commentaire ou par mail. [Mise à jour le 10 octobre : grâce à la générosité de Dom. Noah Moerbeek, CPMO, je peux héberger certains de ces fichiers et les proposer en libre accès au téléchargement. Vous trouverez ainsi ici mes versions actuelles de Sexte et de None le Dimanche. Il vous suffit de cliquer pour les télécharger et les imprimer à loisir.]

La seconde objection que je vois poindre, c’est qu’il serait trop compliqué pour les paroissiens de suivre la variation des psaumes, des antiennes ou des hymnes. Le Bréviaire de 1962, grâce aux réformes du pape saint Pie X, simplifie considérablement le problème puisque les psaumes du Dimanche dans l’ordo des vêpres sont toujours les mêmes. La Liturgie des Heures du pape Paul VI possède quant à elle de nombreuses variations, mais l’Église a déjà songé à une solution. En ce qui concerne la dévotion des fidèles laïcs, il est permis de célébrer publiquement les Vêpres avec les propres tirés de n’importe quel office. De là, tant que le clergé récite en privé ses vêpres avec les propres correspondant au jour, les vêpres publiques quant à elles pourraient être célébrées semaines après semaines.

2) Sanctifier les fêtes d’obligation par les vêpres ou les complies. Des siècles durant, il était interdit de célébrer la Messe après le coucher du soleil excepté pour la messe de minuit à Noël. Aujourd’hui cette restriction n’existe plus, ce qui signifie qu’il est d’autant plus facile de remplir nos obligations les jours de fête en assistant à la Messe le soir après le travail ou l’école. Le fait que tant de gens se rendent à l’église le soir pour la messe représente une formidable opportunité pour sanctifier encore plus la journée par le biais d’un des Offices. Si possible, initiez la pratique de l’Office de Vêpres comme préparation à la Messe du soir avec chapes, encens et tout la solennité requise. Si vous rencontrez trop de résistance, vous pourriez au moins vous retirer dans une chapelle latérale, telle que dans celle qui est ordinairement réservée à l’adoration du Saint Sacrement pour prier les Complies après la Messe avec un groupe plus restreint.

3) Marquer l’entrée dans le Jour du Seigneur avec les Vêpres. Bien qu’il soit très commun dans les paroisses de proposer une Messe anticipée du dimanche le samedi soir, peu de catholiques comprennent pourquoi elle compte comme une messe du dimanche. Puisque le Jour du Seigneur débute avec les Vêpres du samedi soir, pourquoi ne pas les célébrer publiquement en préparation de la Messe anticipée ?

4) Mettre en avant les Vêpres de semaine comme la dévotion principale parmi d’autres. L’église Our Lady of the Atonement à San Antonio, où j’ai été baptisé, mérite une mention spéciale car elle propose la célébration de l’Evensong, (ndlr. l’équivalent, dans l’usage anglais, des Vêpres et des Complies) suivi du Chemin de Croix et de la Bénédiction du Saint Sacrement les vendredis soir de Carême. Puisque de nombreuses paroisses offrent déjà des dévotions propres aux vendredi de Carême, il n’y a aucune raison pour que les Vêpres ne puissent pas être incorporées comme dévotions premières.

5) Faire précéder la « principale » Messe du Dimanche par les Laudes ou l’Office de Tierce. Dans les paroisses qui ne proposent qu’une ou deux messes le dimanche matin, cela devrait pouvoir se faire sans trop de difficulté. J’irais jusqu’à dire qu’il serait bon d’annoncer sur la feuille paroissiale que la Messe serait placée « après les Laudes », Laudes qui, pour des raisons pastorales pourraient être priées plus tardivement qu’elles sont supposées l’être habituellement. Pour les paroisses qui célèbrent de nombreuses Messes le Dimanche, l’église est probablement suffisamment large pour disposer d’une chapelle secondaire. Je proposerais qu’un prêtre ou qu’un diacre soit désigné pour célébrer les Laudes ou l’Office de Tierce dans la chapelle avant la « principale » Messe du Dimanche.

6) Utiliser les Vêpres comme une des dévotions pour les servants d’autel et la schola. C’est une idée que j’ai souvent évoquée dans des discussions où l’on «  refait l’Église  ». Dans une paroisse pleine de vitalité, il y a trop de servants d’autel pour qu’ils servent tous en même temps lors de la même Messe. Imaginez si tous les servants et les choristes pouvaient se rejoindre dans le chœur en chapes et surplis pour chanter les louanges divines lors des offices de Vêpres le premier Dimanche du mois. Les stalles du chœur seraient particulièrement pratiques pour cet exercice mais à défaut, les premiers bancs de la nef suffiraient à accueillir tous ceux qui ne tiendraient pas dans le sanctuaire.

7) Désigner un laïc et lui enseigner les Heures afin qu’il puisse les diriger. Je comprends tout à fait que même les prêtres ou les diacres les plus efficaces soient indisponibles pour présider la célébration publique des Offices. Fort heureusement, un laïc peut amplement diriger seul l’Office. Il serait tout à fait indiqué de désigner le paroissien du coin membre de l’Ordre des Chevaliers de Colomb (ndlr. un ordre international de chevalerie né aux USA mais également implanté en France) afin de diriger la liturgie des Heures mais également l’Office des Morts lors des funérailles.

Pourquoi les Offices ont-ils autant d’importance

Si l’Église Catholique demeure la même hier, aujourd’hui et pour l’éternité, il n’y a aucune raison de considérer l’Office Divin comme une relique médiévale obsolète. Il est aussi pertinent aujourd’hui que par le passé. D’ailleurs, nous avons sur nos ancêtres médiévaux un clair avantage : pour la plupart, nous savons lire. Alors que le paysan du Moyen-Âge assistait avec révérence à une liturgie qu’il ne pouvait suivre faute de savoir la lire, et dans un langage qu’il ne maîtrisait pas, nous pouvons facilement produire en masse des livrets pour les offices, et, s’ils ne sont pas rédigés en langue vernaculaire, nous avons la possibilité d’y adjoindre une traduction en face du texte latin. Plus que jamais, nous n’avons aucune excuse pour ne pas mettre l’Office au premier rang de nos dévotions.

Je me permets de conclure avec l’élément le plus important. L’Office est la plus puissante des prières de l’Église après la Sainte Messe. Elle est plus puissante que la Bénédiction du Saint Sacrement, même si le prêtre fait le signe de la Croix avec la présence réelle. L’Office est même plus puissant que le Saint Rosaire avec toutes ses divines promesses et les indulgences qui lui sont attachées. Au Moyen-Âge en particulier on chantait toujours l’Office des Morts avant d’entamer la Messe de Requiem car on considérait que c’était là le meilleur moyen de délivrer l’âme du feu de la purification. J’en termine en citant les mots de saint Alphonse Marie de Liguori dans ses méditations sur l’Office Divin :

« Même un grand nombre de prières personnelles ne pourront avoir une valeur équivalente à une seule prière de l’Office Divin, offerte à Dieu par l’Église universelle dans les mots qu’Il a Lui-même choisis. Ainsi sainte Marie-Madeleine de Pazzi dit que, en comparaison avec l’Office Divin, toute autre prières et dévotions n’ont que peu de mérite et d’efficacité aux yeux de Dieu. Soyons donc convaincus, donc, que, hors le Saint Sacrifice de la Messe, l’Église ne possède pas de source ni de trésor plus abondant que l’Office, duquel nous pouvons tirer quotidiennement de tels torrents de grâce. »

Je suis certain qu’il y a bien plus à dire à propos de la nature spirituelle de l’Office que je n’ai pu le faire, n’étant qu’un humble laïc étudiant en histoire. Je n’ai jamais fait l’expérience de la vie de séminariste ou de moine ; mais je ne peux ignorer à quel point l’Office public était important aux yeux de pieux laïcs durant toute l’histoire de la Chrétienté. Quand j’ai lancé ce blog, je souhaitais démontrer à quel point les idéaux du Moyen-Âge étaient pertinents pour notre époque, en balayant tous les sujets, des plus frivoles, tels que le vêtement ou la calligraphie, jusqu’aux plus importants, tels que le gouvernement et le culte. Dans l’esprit des hommes du Moyen-Âge, rien n’avait plus d’importance que le culte de Dieu dans la liturgie ; et en médiévaliste, je ne vois pas en quoi il devrait en être autrement aujourd’hui. Dès lors, si le contenu de cet article avait éveillé en vous le moindre intérêt en vue de la restauration de la célébration publique de l’office, je vous demanderais de prendre un moment pour le partager auprès de vos amis ou membre de votre famille appartenant au clergé, en formation au séminaire, ou membre de la hiérarchie de l’Église ou membres de n’importe quel mouvement liturgique. Avec l’espérance et par la grâce de Dieu, nous pourrions voir le commencement d’une nouvelle tendance à entendre raisonner dans les murs de nos églises la divine louange de David comme cela se fit jadis dans la Chrétienté.

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