Oremus : Plaidoyer pour la prière des fidèles

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Ancienne litanie diaconale en latin.

Prions, frères très chers, pour la Sainte Église de Dieu ; afin que notre Dieu et Seigneur daigne la pacifier, l’unir et la conserver par tout l’orbe de la terre [lui soumettant toute puissance et principauté], et nous donne une vie calme et paisible pour glorifier Dieu, le Père tout-puissant.

Ainsi commence la prière solennelle de l’Eglise de Rome durant la Messe du Vendredi-Saint (les paroles entre crochets sont absentes du missel de saint Paul VI), un des plus fameux exemples de « prière universelle » que nous ayons conservé, qui impressionne par sa saveur toute antique.

Pourtant, pour la plupart d’entre nous, la « prière universelle » est ce moment pénible de la Messe où quelque fidèle (souvent très jeune ou très âgé) va monter à l’ambon pour ânonner quelque liste d’intentions de prières composées ad hoc la veille au soir, entrecoupées de refrains infantilisants. Peut-être que la situation décrite ici (en anglais) vous rappellera de « bons » souvenirs…

De telles expériences, nous en avons tous eu notre lot, et beaucoup souhaitent désormais n’en plus entendre parler. Mais qu’en serait-il s’ils savaient que la prière des fidèles (ou « prière universelle ») est en fait extrêmement traditionnelle ? Si oui, comment bien la mettre en œuvre ? Nous avions eu l’occasion d’en parler dans un article précédent, et souhaiterions l’aborder maintenant plus en détails.

Nous avons déjà abordé cette prière dans notre article consacré aux richesses de la forme ordinaire du rite romain. Ici, nous souhaiterions, grâce à un rapide aperçu historique (qui constituera notre première partie) approfondir ce que nous avions effleuré jadis dans le contexte de la forme ordinaire (que nous verrons dans une deuxième partie), avant d’envisager une possible mise en œuvre de cette prière dans la forme extraordinaire (dans une troisième et dernière partie).

Si la première partie de ce texte ne vous intéresse pas, nous vous conseillons de passer directement à la deuxième, qui commence par un résumé de la partie précédente.

Histoire de la prière des fidèles

Origines et applications diverses

Il est hors de question de faire une histoire complète de la prière des fidèles (terme général et tardif que nous utilisons ici par pure commodité), même en se limitant à l’Occident : ce serait trop long et de peu d’importance ici. Plus modestement, nous allons brosser à très gros traits une chronologie de cette prière en présentant les diverses formes qu’elle a pu trouver dans le rite romain (en faisant allusion aux autres rites là où cela paraitra opportun).

On attribue généralement à saint Paul l’origine de cette prière : « J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. » (1 Timothée 2, 1-4).

Cette prière est donc dite « universelle » (terme très récent, mais que nous utiliserons néanmoins par commodité) car elle s’applique à tous les besoins des hommes et du monde. On remarquera que saint Paul demande de prier pour « les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité » ; c’est d’autant plus remarquable que ceux-ci étaient rarement chrétiens au premier siècle. L’on voit dès lors que le christianisme primitif, loin d’être un mouvement révolutionnaire, respecte à ce point l’autorité mise en place hic et nunc qu’il prescrit à ses fidèles de prière de prier pour elle.

Les différentes Eglises apostoliques eurent chacune leur manière de mettre en œuvre cette exhortation. Dans les Églises assyro-chaldéennes et arméniennes, cette prière prend la forme d’une litanie (appelée « Karozoutha » chez les assyriens) après la proclamation de l’Evangile, suivie d’un renvoi des catéchumènes. Les coptes ont adopté l’usage des « prières catholiques » (trois oraisons sacerdotales semblables aux grandes oraisons du Vendredi-Saint dans le rite latin) après l’offertoire. Enfin, le rite byzantin connaît une profusion de litanies, dont celle qui suit directement l’Evangile, où les fidèles répondent à chaque demande par un triple Kyrie eleison. Curieusement, le rite syriaque et sa variante maronite ne semblent pas avoir l’usage de cette prière, bien que certains indices sérieux semblent indiquer qu’elle ait existé jadis dans cette tradition.

Ici, nous pouvons voir un diacre gréco-catholique remplir son office en chantant une litanie à laquelle les fidèles répondent par « Kyrie eleison » ou « Paraskhou Kyrie » (Accorde, Seigneur).

Quelque soit la forme qu’ait revêtue la prière des fidèles, on y retrouve quelques constantes : elle a habituellement lieu après l’Evangile (ou au début de la Messe), sert de transition entre la Messe des catéchumènes et la Messe de la parole (on renvoi habituellement les catéchumènes après cette prière) et est adressée à Dieu pour les besoins, temporels ou spirituels, du monde entier.

En Occident, le rite ambrosien, liturgie propre à Milan, sorte de synthèse entre le rite gallican et le rite romain, semble avoir connu l’usage de litanies sur le modèle grec, avec usage du Kyrie eleison comme réponse des fidèles ; cet usage a été conservé aux dimanches de Carême, où la litanie se substitue au Gloria in excelsis Deo. Le rite mozarabe semble l’avoir connu, de même que l’ancienne liturgie des Gaules, abandonnée sous Charlemagne (on attribue notamment à saint Martin de Tours une litanie en latin qui fut conservée par de nombreux diocèses français jusqu’au XIXe siècle, notamment pour les Rogations). Enfin, la tradition anglicane (en laquelle nous serions tenté de voir une tradition rituelle à part entière) connait plusieurs formes de prière des fidèles après le Credo.

Reste à examiner le rite romain ; c’est ce qui sera fait dès à présent.

Dans le rite romain

De l’aveu de tous les historiens de la liturgie, la forme la plus ancienne qu’ait revêtue la prière des fidèles dans le rite romain est la série des Orationes solemnes du Vendredi Saint. Son origine est inconnue (certains y voient une série de diptyques originaire d’Alexandrie), mais son prestige la fit conserver jalousement par l’Eglise romaine jusqu’à nos jours, avec quelques modifications. Chaque prière est constituée d’une monition chantée par le diacre (autrefois par le prêtre), d’un agenouillement des fidèles, d’une prière silencieuse, d’un relèvement et d’une oraison sacerdotale ratifiée par l’Amen du peuple. A-t-elle toujours été réservée au Vendredi Saint ou s’agit-il de la prière habituelle de l’Eglise romaine dans l’Antiquité ? Nous n’en savons rien.

Grandes oraisons du Vendredi-Saint chantées dans la forme extraordinaire du rite romain.

Nous savons en revanche que cette prière fut par la suite remplacée (ou complétée) par une litanie, attribuée au saint pape Gélase, la Deprecatio gelasii, construite sur un modèle grec, mais composée en un style authentiquement romain. Il semble qu’elle ait été chantée après l’Evangile, mais qu’elle ait par la suite été déplacée avant la Messe, au cours des processions requises par la liturgie stationale romaine : le peuple se rassemblait autour du pape dans une églises dite de station, d’où l’on se rendait en une seconde église où le pape allait célébrer la Messe ; en chemin, on chantait la litanie de saint Gélase, puis, plus tard, la litanie des saints (soit dit en passant, c’était ainsi que commençait la divine liturgie byzantine). Un tel usage a été conservé pour les « litanies majeures » et reste suggéré pour les dimanches de Carême par le missel romain (ed. typ. 2002).

Notons que contrairement à une idée reçue, il semblerait que notre Kyrie ne provienne pas de cette litanie ; il n’apparut en effet que bien longtemps après qu’elle ne soit tombée en désuétude. Il s’agit d’un chant propre, introduit relativement tardivement dans le rite romain, sous l’influence du rite gallican, et dont on pourrait trouver un équivalent dans le Trisaghion du rite byzantin.

Comme nous l’avons donc vu, la litanie de saint Gélase finit par tomber en désuétude. Néanmoins, une forme d’Oratio fidelium a subsisté en Occident, principalement en Allemagne, en France (jusqu’au XIXe siècle) et en Angleterre (jusqu’à la réforme anglicane) : le prône. En France, il se composait d’une série d’annonces et de publications de bans (pour des mariages). Venait ensuite la prière proprement dite, composée d’un invitatoire assez long, du chant du psaume 122 (Ad te levavi), d’une série de versets d’origine biblique et d’une oraison du prêtre. Ces prières étaient d’ailleurs chantées dans la langue du peuple, au moins en partie, ce qui ne fut pas sans conséquence pour la catéchèse :

Un épisode célèbre du procès de Jeanne d’Arc nous le montre : pour faire dire à la sainte une hérésie, on lui pose une question difficile : « Êtes-vous sûre d’être en état de grâce ? » ; et elle répond avec une justesse chrétienne et une adresse qui confondent ses juges comme Jésus confondait les Pharisiens: « Si j’y suis, Dieu m’y garde; si je n’y suis pas, Dieu m’y mette ! » Les historiens n’ont pas remarqué que Jeanne illettrée puisait de quoi vaincre les docteurs dans les prières du prône : « Nous prierons, y disait le prêtre chaque dimanche, pour ceux qui sont en état de grâce, que Dieu les y tienne jusques à la fin, et ceux qui sont en péché mortel, que Dieu les en veuille jeter hors hâtivement » (Pierre-Marie Gy op, « Signification pastorale des prières du prône », la Maison-Dieu N° 30, 1952, p. 130).

Cet aperçu de la diversité des prières des fidèles dans la liturgie romaine serait incomplet si l’on ne mentionnait pas enfin une autre forme très ancienne : la litanie des saints de la Vigile pascale. Primitivement, la Vigile se composait de douze lectures de l’Ancien Testament entrecoupées de chants et d’oraisons. Après quoi, on partait en procession aux fonts baptismaux en chantant le psaume 41 (Sicut cervus), on l’on baptisait les catéchumènes. Puis, on revenait en procession au sanctuaire en chantant une litanie des saints un peu abrégée, survivance de l’époque où le pape, ses ministres et le peuple romain allaient d’une église à l’autre en chantant cette litanie. De sorte qu’il n’est pas interdit de voir là une des formes les plus traditionnelles de cette prière romaine des fidèles (bien que l’ordonnancement actuel de la Vigile pascale empêche de le voir avec la clarté nécessaire). Comme on le sait, cette litanie a été conservée en de nombreuses autres occasions, notamment pour les ordinations.

Ordinations les 25, 26 et 27 juin 2020 - Communauté Saint-Martin
Ordination sacerdotale, durant laquelle on chante une des formes les plus connues de la « PU » : la litanie des saints (pendant la prostration des ordinants).

Ainsi, jusqu’au XXe siècle, la liturgie romaine connaissait trois formes habituelles d’Oratio fidelium : le prône médiéval, les grandes oraisons du Vendredi-Saint et la litanie des saints de la Vigile pascale (ainsi qu’en d’autres occasions).

Le concile Vatican II, par la constitution Sacrosanctum Concilium sur la sainte liturgie, demanda explicitement la restauration de cette prière :

La « prière commune », ou « prière des fidèles », sera rétablie après l’évangile et l’homélie, surtout les dimanches et fêtes de précepte, afin qu’avec la participation du peuple, on fasse des supplications pour la sainte Église, pour ceux qui détiennent l’autorité publique, pour ceux qui sont accablés de diverses détresses, et pour tous les hommes et le salut du monde entier (Sacrosanctum Concilium, 53).

En application de cette décision conciliaire, la prière des fidèles est à présent mentionnée par la dernière édition du Missale Romanum de saint Paul VI, qui la présente ainsi :

Dans la prière universelle, ou prière des fidèles, le peuple répond en quelque sorte à la parole de Dieu reçue dans la foi et, exerçant la fonction de son sacerdoce baptismal, présente à Dieu des prières pour le salut de tous. Il convient que cette prière ait lieu habituellement aux messes avec peuple, si bien que l´on fasse des supplications pour la sainte Église, pour ceux qui nous gouvernent, pour ceux qui sont accablés par diverses misères, pour tous les hommes et pour le salut du monde entier (PGMR 69).

Cependant, le missel de saint Paul VI n’imposait aucun formulaire fixe et obligatoire, ce qui entraîna l’application désastreuse que l’on connait à notre époque. Et c’est maintenant vers celle-ci que nous nous tournons pour tenter de réfléchir sur quelques bonnes manières de la mettre en œuvre.

La prière des fidèles aujourd’hui

L’aperçu historique que nous venons de terminer nous permet de faire les conclusions suivantes :

  • depuis les temps apostoliques, les Eglises chrétiennes ont coutume de prier pour toutes les intentions du monde ;
  • cette prière a pris des formes très variées selon les Eglises et les traditions apostoliques (de sorte qu’il serait plus exact de parler de prières, au pluriel) ;
  • le rite romain a connu trois formes principales d’Oratio fidelium :
    • les grandes oraisons du Vendredi-Saint ;
    • la litanie (celle de tous les saints, celle de saint Gélase et celles d’origine gallicane conservées par certains diocèses français) ;
    • le prône (on trouvera en annexe un formulaire du prône dans le rite de Salisbury, ancienne liturgie de l’Angleterre médiévale) ;
  • le dernier concile œcuménique a demandé une restauration plus complète de cette prière, laquelle a abouti à un désordre généralisé.

De tout cela, nous pouvons tirer une conclusion sur la nature de cette prière : elle est un rite où « l’Eglise comme telle […] prie pour les intentions de ses membres » comme le dit fort justement dom Guy Oury osb (cf La Messe de saint Pie V à Paul VI). Sa fonction est donc distincte de celle de la prière eucharistique, où l’on prie pour l’application des grâces sacramentelles aux fidèles.

Ceci ayant été établi, que faire ? Comment donner à cette prière la forme qu’elle mérite au sein de la forme ordinaire du rite romain ? Et par ailleurs, une restauration est-elle possible dans la forme extraordinaire ? C’est ce que nous allons voir à présent.

Dans la forme ordinaire

Une première solution consisterait à omettre cette prière purement et simplement. On ne peut manquer de sympathiser avec ceux qui « zappent » ce passage souvent ennuyeux, en raison de mauvais souvenirs. C’est, semble-t-il, l’usage récent de Notre-Dame-de-Paris (le cardinal Lustiger détestait la prière universelle). Le problème de cette solution est que la prière universelle a une fonction qui lui est propre, et supprimer cette prière n’est pas le meilleur moyen d’assurer cette fonction.

En outre, la prière universelle est attestée, sous une forme ou une autre, dans pratiquement tous les rites orientaux et occidentaux, ainsi que dans le passé du rite romain. Restaurer une prière de ce type présenterait donc un avantage historique incontestable.

Alors, s’il faut la conserver, comment la mettre en œuvre ? Voyons ce qu’en dit la Présentation générale du missel romain (PGMR) :

[Le prêtre] l’introduit par une brève monition qui invite les fidèles à prier. Il la conclut par une oraison. Il faut que les intentions soient sobres, composées avec une sage liberté et en peu de mots, et qu’elles expriment la supplication de toute la communauté. Elles sont dites de l’ambon, ou d’un autre lieu approprié, par le diacre, un chantre, un lecteur ou un autre fidèle laïc. Le peuple, debout, exprime sa supplication, soit par une invocation commune après chacune des intentions, soit par une prière silencieuse (PGMR 71).

La PGMR semble donc autoriser seulement deux modèles de prière :

  • un modèle litanique, où les fidèles répondent à chaque intention par une invocation (comme « Kyrie eleison ») ;
  • un modèle proche des grandes oraisons, où l’on répond à chaque intention par la prière silencieuse.

Dans les deux cas, la prière est introduite par une monition du prêtre et conclue par une oraison prononcée également par le prêtre.

Nous remarquerons par ailleurs que le ministre ordinaire de la prière universelle est le diacre ; c’est lui qui est mentionné en premier lieu par la PGMR. C’est donc à lui de remplir cette fonction s’il y en a un, et non à un laïc désigné quelques minutes avant le début de la Messe ou à un membre de « l’équipe d’animation liturgique ». A défaut de diacre, le missel prévoit que sa fonction présente sera remplie par un chantre ou un acolyte (ou un autre fidèle laïc à défaut, encore que l’on peine à voir en quelles circonstances une Messe chantée ne comprenne ni chantre, ni acolyte). La prière est proclamée depuis l’ambon.

Quant au texte de la prière, nous conseillons franchement de prendre les intercessions prévues par le missel romain ; elles n’existent, certes, qu’à titre d’exemple et sont de composition récente, mais leur facture sobre et franchement catholique les rend mille fois préférables à quelque formulaire écrit ad hoc la veille pour le lendemain. Le lecteur curieux trouvera en annexe un des formulaires proposés par le missel, traduit par votre serviteur.

Il est de beaucoup préférable que la prière universelle soit chantée, sur un ton simple, comme par exemple celui des oraisons. Cela ne doit pas étonner le lecteur : la liturgie chrétienne est toujours chantée, et la « Messe lue » occidentale n’est qu’une exception, d’ailleurs prévue historiquement pour le seul cas du prêtre célébrant privément. Le chant ne doit donc pas être vue comme une manière d’embellir un édifice déjà existant mais comme une partie intégrante de celui-ci. Dans le cas de la prière universelle, le diacre peut, avec un peu d’efforts, apprendre à chanter les intercessions qui lui reviennent ; les fidèles, de leur côté, répondront avec des prières affinées par l’usage traditionnel, comme « Kyrie eleison » ou « Te rogamus, audi nos », ou encore « Praesta omnipotens Deus » (autant de formules facilement traduisibles et chantables en français si nécessaire).

A partir de 23:40, vous pouvez voir le chant de la litanie de Vêpres correctement effectuée.

Il est à noter que des conseils semblables peuvent et doivent s’appliquer aux litanies de louange et d’intercessions contenues dans l’office divin rénové : prendre les vrais textes (de préférence tirées des Heures grégoriennes ou sur le site Societas Laudis qui donne le texte complet de l’office divin en sa forme ordinaire), les chanter et leur adjoindre des répons traditionnels capables d’être facilement mémorisés (ces répons sont d’ailleurs donnés avec les litanies).

Dans la forme extraordinaire ?

Ce que nous avons écrit ci-dessus restait dans le cadre de la plus stricte légalité : nous n’avons fait qu’indiquer la meilleure manière d’écrire ce qui existait déjà. Ce qui va suivre, sans prétendre s’extraire de la légalité, suggère de remettre en vigueur un modèle qui, nous semble-t-il, n’a jamais été canoniquement interdit, et qui a été présenté plus haut. Il s’agit du prône.

Comme on l’a dit, la prière universelle (quelque soit la forme qu’elle prenne) a une fonction qui lui est propre, et que l’on retrouve dans pratiquement tous les rites apostoliques. Il serait donc dommage que cette forme si ancienne de prière soit absente de la forme ancienne du rite romain. À défaut d’une réforme, qui ne serait peut-être pas appréciée de tous, à défaut de rétablissement d’une forme plus antique (comme la litanie de saint Gélase), pourrait-on suggérer la restauration d’un usage ancien et profitable à tous, clercs et fidèles ? C’est ce que nous allons faire ici, en répondant à quatre questions :

Qui ? Le prêtre qui célèbre la Messe.

Quand ? Le dimanche et les jours de fête, à la Messe chantée ou solennelle, juste après l’homélie.

Où ? De préférence en chaire ; là en tous cas où le prêtre aura prêché.

Comment ? En prenant modèle sur les anciens formulaires prévus à cet effet.

À toutes fins utiles, nous suggérons de jeter un coup d’œil à ce livre, le Rituel des rituels pour les prônes des dimanches, fêtes et sacrements publié par l’abbé Migne (connu pour avoir publié en latin et en grec les œuvres des pères de l’Eglise).

On trouvera le prône des dimanches et des fêtes aux pages 6 à 11. il se compose ainsi :

  • en premier lieu, une longue énumération des diverses intentions de prières pour lesquelles on priera (à notre avis, cette monition mériterait d’être drastiquement raccourcie tant elle est verbeuse) ;
  • vient ensuite le chant du psaume 122 (Ad te levavi), en latin ;
  • une série de versets bibliques ;
  • l’oraison conclusive ;
  • si besoin est, on répète la même opération pour les défunts.

À notre connaissance, il n’est besoin d’aucune autorisation pour mettre en œuvre cette forme d’Oratio fidelium. Si toutefois nous nous étions trompés, si l’Eglise avait légiféré en sens contraire, il irait de soi que les conseils que nous donnons ici pour le prône dans la forme extraordinaire ne devraient pas être suivis.

Faudrait-il faire de même pour l’office divin ? Répondre à cette question reviendrait à proposer une réforme du bréviaire de la forme extraordinaire. Peut-être faudrait-il étendre à toute l’année les « Preces » prévues à Laudes et à Vêpres pour les jours de pénitence ; ou placer les Preces dominicales de Prime et de Complies aux deux grandes heures canoniales, au moins pour les dimanches et fêtes ; ou encore ajouter (restaurer ?) une litanie de prières sur le modèle de la Deprecatio Gelasii. Nous le suggérons pour l’avenir ; nous ne le mettons pas en œuvre à présent et nous invitons le lecteur à en faire autant.

Conclusion

Pour finir, après avoir présenté l’histoire de la prière universelle et certaines manières grâce auxquelles on pourrait lui rendre la beauté qu’elle mérite au sein de la liturgie romaine, nous voudrions seulement émettre le souhait que cette prière retrouve l’éclat qu’elle mérite dans le rite romain, afin que Dieu soit glorifié et que Son peuple soit sauvé.

Chant de l’Evangile par le diacre à l’ambon antique (tenant lieu de chaire). C’est ici que le prêtre prêche, c’est également ici qu’il doit diriger la prière des fidèles ou le prône.

Annexe 1 : formulaire de prière du missel romain (editio typica 2002)

[Nous indiquons en gras les réponses du peuple ou de la schola ; cette remarque vaut aussi pour la seconde annexe].

Monition du Prêtre : Frères très chers, que chaque prière de notre cœur soit dirigée Vers Dieu le Père Tout-Puissant, car c’est Sa Volonté que toute l’humanité soit sauvée et parvienne à la plénitude de la Vérité

Le diacre :

V/. Pour la Sainte Église de Dieu ; afin que le Seigneur, daigne la garder et la préserver, prions le Seigneur.

R. Accorde-le, Dieu tout-puissant.

V/. Pour tous les peuples de la terre ; afin que le Seigneur daigne préserver leur concorde, prions le Seigneur.

R/. Accorde-le, Dieu tout-puissant.

V/. Pour tous ceux qui sont accablés par toutes sortes de nécessités ; afin que le Seigneur daigne leur accorder le réconfort, prions le Seigneur.

R/. Accorde-le, Dieu tout-puissant.

V/. Pour nous tous et pour toute notre communauté ; afin que le Seigneur daigne nous recevoir en un sacrifice qui Lui soit acceptable, prions le Seigneur.

R/. Accorde-le, Dieu tout-puissant.

Oraison du Prêtre : Dieu, notre refuge et notre force, auteur de la piété de Ton Église, entend ses pieuses prières, afin que ce qui est demandé dans la foi soit réellement reçu. Par le Christ Notre-Seigneur.

R/. Amen.

Annexe 2 : Prière du prône, selon le rite de Salisbury, en Angleterre

Offrons nos prières à Dieu, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, à Notre-Dame sainte Marie, et à toute la compagnie des cieux, Le suppliant d’accorder Sa miséricorde à toute la Sainte Eglise, afin que Dieu la garde en bon état, tout spécialement l’Eglise d’Angleterre, notre Eglise-mère, cette Eglise et toutes celles de la chrétienté.

Pour notre Pape N., le patriarche de Jérusalem, les cardinaux, pour les archevêques et les évêques, et spécialement pour notre évêque N., que Dieu le garde pour son saint service. Pour le recteur/doyen et pour tous les autres ministres qui servent l’Eglise.

Pour la Terre sainte et la Sainte Croix, afin que Dieu les délivre des mains des païens.

Pour la paix de l’Eglise et de la terre.

Pour notre souverain N., notre premier ministre N.,

[Pour les ducs, comtes et barons et tous ceux qui doivent garder en paix cette terre et tous ceux qui la gouvernent].

Pour la santé de N. et N.

Pour ceux qui vivent en péché mortel.

Pour nos frères et sœurs et tous nos paroissiens, et tous ceux qui font le bien pour cette église ou fondation. Pour nous-mêmes, que Dieu dans Sa miséricorde, nous accorde la grâce de vivre pour le salut de votre âme et pour tous les peuples vraiment chrétiens.

[On dit alors le psaume 66, Deus misereatur :]

Que Dieu nous soit compatissant et nous bénisse, * qu’Il fasse resplendir sur nous Sa face et qu’Il ait pitié de nous.

Que sur la terre on connaisse Ta voie, * parmi toutes les nations, Ton salut.

Que les peuples Te célèbrent, ô Dieu, * que tous les peuples Te célèbrent.

Que les nations soient dans la joie et l’allégresse + car Tu gouvernes les peuples avec droiture ; * sur la terre, Tu juges les nations.

Que les peuples Te célèbrent, ô Dieu, * que tous les peuples Te célèbrent.

La terre a donné son fruit, * que Dieu, notre Dieu, nous bénisse.

Que Dieu nous bénisse, * et qu’on Le craigne jusqu’aux confins de la terre.

R/. Gloire au Père et au Fils * et au Saint-Esprit,

V/. Comme il était au commencement, maintenant et toujours, * et dans les siècles des siècles. Amen.

Kyrie eleison

Christe eleison.

Kyrie eleison.

Notre Père (en silence jusqu’à) : Et garde-nous d’entrer dans la tentation.

Mais délivre-nous du mal.

Montre-nous, Seigneur, Ta miséricorde,

Et donne-nous Ton salut.

Que Tes prêtres soient revêtus de justice,

Et qu’en Toi se réjouissent Tes saints.

Seigneur, sauve le roi.

Et exauce-nous au jour où nous T’invoquons.

Accorde le salut à Ton peuple,

Gouverne-le et relève-le à jamais.

Que la paix règne en tes remparts,

Et l’abondance dans tes forteresses.

Seigneur, exauce ma prière,

Et que mon cri parvienne jusqu’à Toi.

Le Seigneur soit avec vous.

Et avec ton esprit.

Prions.

Ô Dieu, qui par la grâce de Ton Saint-Esprit déverse les dons de la charité dans les cœurs de Ton peuple fidèle, accorde à Tes serviteurs et servantes pour lesquels nous supplions Ta clémence, la santé de l’âme et du corps, afin qu’ils Te puissent aimer de toute leur force et accomplir ce qui est agréable à Tes yeux avec une entière affection ; quant à nous, accorde-nous la paix en nos jours, par le Christ, Notre-Seigneur.

Amen.

Prions (tous se mettent à genoux).

Pour les âmes de N. et N., archevêques, évêques, clercs, bienfaiteurs, etc. qui ont servi cette église ou qui y ont fait quelque bien, ou pour cette fondation et pour toutes les âmes dont les os reposent dans cette église et ce cimetière, et pour tous ceux qui ont donné à cette église ou fondation des rentes, vêtements ou tout autre bien par lequel Dieu est mieux adoré dans cette église, et pour les ministres qui en sont mieux lotis ; pour les âmes de tous nos pères, mères, grand-pères, parrains, marraines, frères, sœurs, et de tous nos paroissiens, pour toutes les âmes qui ont fait quelque bien dans cette église et pour toute âme chrétienne.

[On dit alors le psaume 129, De profundis :]

Des profondeurs j’ai crié vers toi, Seigneur : * Seigneur, écoute ma voix.

Que Ton oreille se fasse attentive * à la voix de ma supplication.

Si tu regardes les iniquités, Seigneur, * Seigneur, qui pourra subsister ?

Mais près de Toi est la propitiation. * À cause de Ton Nom, je T’ai attendu, Seigneur ;

Avec confiance mon âme a attendu Ta parole. * Mon âme a espéré dans le Seigneur,

Depuis la garde du matin jusqu’à la nuit, + depuis la garde du matin, * qu’Israël espère dans le Seigneur.

Car auprès du Seigneur est la miséricorde, * auprès de Lui abonde la rédemption.

C’est Lui qui rachètera Israël * de toutes ses iniquités.

Donne-leur, Seigneur, le repos éternel,

Et fais briller sur eux la lumière sans déclin.

Des portes de l’enfer,

Délivre leurs âmes, Seigneur.

Je le crois, je verrai les bienfaits du Seigneur

Sur la terre des vivants.

Absous, nous T’en prions, Seigneur, les âmes de Tes serviteurs et servantes, nos relations, nos voisins, nos amis, nos bienfaiteurs de même que celles de tous nos fidèles défunts de toutes les chaînes de leurs péchés ; que dans la gloire de la Résurrection, ils puissent être élevés à la vie et respirer à nouveau parmi Tes saints et élus ; par le Christ, Notre-Seigneur.
Amen.

Qu’ils reposent en paix.

Amen.

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