Comme nous l’avons déjà vu dans nos précédents articles, la messe chantée avec encensement nécessite la présence d’un cérémoniaire, de deux acolytes et d’un thuriféraire. Nous verrons ici en détail la fonction du thuriféraire à la messe chantée.

Tout d’abord quelques remarques d’ordre général : le thuriféraire doit être capable de manipuler correctement son encensoir, et d’effectuer un encensement. L’encensoir se tient de la main droite quand l’encens est béni, et de la main gauche dans tous les autres cas. On considère que l’encens n’est plus béni, quand toutes les personnes et objets qui devaient être encensés l’ont été. S’il n’y a pas de porte navette avec lui et que le thuriféraire a la main droite de libre, il prend la navette dans la main droite (mais jamais dans la main gauche). Lorsqu’il encense, il plaque le haut de l’encensoir sur sa poitrine de la main gauche, et encense en portant le bas de l’encensoir de la main droite, à hauteur de son visage, et en l’envoyant brièvement vers la personne à encenser. Il veillera à respecter le nombre de coups prescrits. À la messe chantée, on ne balance jamais l’encensoir, ni en procession, ni à l’arrêt. Agiter l’encensoir est déjà une forme d’encensement, parfois appelée « encensement oriental ». Cela est réservé aux processions du Saint Sacrement, de l’Évangile en messe solennelle, ou aux processions pontificales, ainsi qu’à certaines occasions liturgiques bien spécifiques, comme la procession des rameaux pendant la Semaine Sainte.
Voyons maintenant le déroulé de la messe chantée avec encensement, du point de vue du thuriféraire.
À la sacristie, le thuriféraire allume son encensoir, il prévoit suffisamment de charbons pour le maintenir ardent jusqu’à la fin de l’Évangile. Si on chante l’Asperges me, il fera la procession d’entrée les mains jointes. Les cérémonies de l’aspersion ont déjà été décrite en détail dans cet article. S’il n’y a pas d’asperges me, le thuriféraire entre en procession tenant la navette dans la main droite et l’encensoir dans la gauche. (À chaque fois qu’il est écrit que c’est le thuriféraire qui tient la navette, cette tâche est déléguée au porte navette s’il y en a un).
En entrant dans le sanctuaire après l’Asperges me, ou directement après la procession d’entrée s’il n’y en a pas, le thuriféraire, salue la croix d’une génuflexion et va se mettre debout à sa place (dans la plupart des églises, sa place est au côté épître de l’autel, in plano1, tourné vers le côté Évangile). Il reste ainsi jusqu’à la fin des prières au bas de l’autel, en faisant les inclinaisons profondes et légères, de la tête uniquement, quand nécessaire.
Après les prières au bas de l’autel, le cérémoniaire fait une inclinaison de tête au thuriféraire pour l’appeler. Le thuriféraire ne répond jamais à ses signes mais reste droit et s’avance à la droite du cérémoniaire à qui il donne la navette. Les deux montent ensemble sur le marchepied par le côté épître pour l’imposition de l’encens, le thuriféraire présentant son encensoir ouvert, de la main droite. Il attend que le prêtre ait béni l’encens pour le refermer. Il récupère ensuite la navette du cérémoniaire à qui il donne l’encensoir. Il va à la crédence pour poser la navette, puis il se rend à gauche du prêtre en faisant la génuflexion face à la croix au pied des marches. (Il n’est pas requis de tenir la chasuble du prêtre si ce n’est pas une chasuble de coupe gothique). Il génuflecte en même temps que le prêtre en lui soutenant le coude. (Si le Saint Sacrement ne se trouve pas à l’autel, le prêtre fera une inclinaison profonde, le thuriféraire génuflecte alors sans soutenir le coude du célébrant). Après la dernière génuflexion, le thuriféraire quitte le marchepied et descend directement se placer in plano côté épître face au prêtre à gauche du cérémoniaire. Le célébrant est alors encensé par le cérémoniaire, le thuriféraire s’incline profondément avec le cérémoniaire avant et après, puis il récupère l’encensoir, va chercher la navette, et retourne à sa place.

Pendant le chant de l’Alléluia ou du Trait, le célébrant retourne à l’autel, le cérémoniaire appelle alors le thuriféraire. L’imposition de l’encens se passe comme au Kyrie, sauf qu’à la fin le thuriféraire garde l’encensoir dans la main droite, et récupère la navette qu’il va poser sur la crédence. Il va ensuite se mettre en place au pied des marches de façon à laisser une place à sa droite pour le cérémoniaire. Au signal du cérémoniaire, tous génuflectent, et le thuriféraire vient se placer in plano à l’extrémité du marchepied. Le cérémoniaire l’y rejoint.
Au Dominus vobiscum, le thuriféraire donne l’encensoir au cérémoniaire. Lorsque le cérémoniaire redescend de l’autel, le thuriféraire récupère l’encensoir et le prend dans la main gauche. Il fait toutes les révérences nécessaires pendant l’Évangile. À la fin de l’Évangile, tous reviennent au pied des marches, génuflectent, puis le thuriféraire retourne à la sacristie pour poser son encensoir. La coutume d’encenser le célébrant après l’Évangile doit être abolie, en effet, cette coutume est issue de la messe solennelle, où le diacre qui vient de proclamer l’Évangile rend par ce geste honneur à l’officiant qui l’a missionné pour cette proclamation. Ici, celui qui a missionné le célébrant c’est son évêque, c’est donc lui qu’il faut encenser s’il est présent, mais en aucun cas le célébrant.
Le thuriféraire remet un nouveau charbon dans l’encensoir pendant le Credo ou la fin du sermon. Il revient ensuite dans le chœur pour l’encensement. Après l’offrande du calice, le cérémoniaire appelle le thuriféraire pour une nouvelle imposition de l’encens. Elle se déroule exactement comme au Kyrie. Après l’imposition de l’encens, le thuriféraire donne l’encensoir au cérémoniaire qui lui rend la navette. Le thuriféraire va ensuite poser la navette à la crédence, puis génuflecte au pied des marches (devant l’acolyte 2 qui génuflecte en même temps) avant de monter à la gauche du célébrant pour l’encensement de l’autel. À l’issue, le prêtre est encensé par le cérémoniaire accompagné du thuriféraire à sa gauche. Les deux s’inclinent profondément avant et après. Une fois le célébrant encensé, le thuriféraire reprends l’encensoir et va encenser tout le chœur par ordre hiérarchique.

Il encense d’abord les évêques (inclinations profondes, 3 coups doubles) les prélats (inclinations médiocres, 3 coups doubles), le supérieur général (pour une congrégation) et le supérieur local (prieur, curé…) (inclinations médiocres, 2 coups doubles), les autres prêtres (inclinations médiocres, un coup double), les séminaristes et autres membres du clergé inférieur (inclinations médiocres, un coup simple), les autres religieux (un coup simple). Pour les prêtres, les séminaristes, autres membres du clergé inférieur et les autres religieux, s’ils sont plus de trois côte à côte, il multiplie par trois le nombre de coups (au milieu, à gauche et à droite) et les encense tous à la fois. À chaque fois qu’il passe devant la croix il génuflecte.
Il vient ensuite au pied de l’autel pour encenser le cérémoniaire qui est en haut du marchepied (inclinations médiocres, un coup simple). Si les acolytes ne se sont pas encore agenouillés il se tourne vers eux et les encense (inclinations médiocres, deux coups). Enfin, il encense les fidèles (inclinations médiocres, un coup au milieu, un à gauche et un à droite). Il retourne ensuite à sa place. S’il n’y a pas de cérémoniaire de chœur, c’est lui qui accompagne les céroféraires pendant le Sanctus. Dans ce cas, il les appelle d’un signe de tête, fait la génuflexion au milieu d’eux et se rends avec eux à la sacristie. Au début du Sanctus, ils processionnent, thuriféraire en tête, vers le sanctuaire. Les céroféraires se placent en ligne dans le chœur et s’agenouillent après avoir génuflécté au signal du thuriféraire qui retourne ensuite à sa place.
Au Communicantes (le prêtre s’incline vers le missel puis vers la croix), le thuriféraire vient debout à droite de l’acolyte 1, à qui il donne la navette. Celui-ci lui impose l’encens. Le thuriféraire s’agenouille ensuite. À chaque élévation, il encense le Saint Sacrement de trois coups doubles en alternant avec les trois coups de la cloche. Il se relève en même temps que le cérémoniaire, va à la sacristie poser l’encensoir et la navette.

Le thuriféraire revient s’agenouiller à sa place. Il se lève à l’Oremus du Pater. Peu avant le Domine non sum dignus, lorsque le cérémoniaire descend des marches, le thuriféraire vient s’agenouiller sur la première marche côté épître. Après que le prêtre a communié au précieux corps, il prend la cloche et va la poser à la crédence. Il revient avec le ou les plateaux de communion. Alors tous se mettent en ligne et s’agenouillent au signal du cérémoniaire. Il s’incline avec les autres au Confiteor s’il y a lieu. Il suit les indications du cérémoniaire pour se lever, monter les marches et s’agenouiller.
S’il y a un deuxième prêtre qui vient distribuer la communion, le thuriféraire l’accompagne avec le deuxième plateau de communion. Il se place toujours à droite du prêtre, tenant de la main droite le plateau sous le menton des communiants. Lorsqu’il a fini, il donne le plateau au prêtre, et va directement s’agenouiller devant la première marche (au sol) à droite de la place du cérémoniaire. Dès que le cérémoniaire donne le signal, il se lève et va à sa place (il raccompagne les céroféraires à la sacristie s’il n’y a pas de cérémoniaire de chœur. Il viens alors au milieu d’eux, leur fait signe de génuflecter, et part en tête de la procession jusqu’à la sacristie. Il marche de nouveau en tête lorsqu’ils reviennent dans le chœur, génuflectent puis retournent à leur place). Il monte à l’autel par le côté, et prends les plateaux de communion et les ciboires purifiés s’il y en a, pour les poser à la crédence (il le fait en plusieurs fois si nécessaire), puis il retourne à sa place.
Au début du dernier Évangile, il vient se placer pour la procession de sortie. Il est en tête de la procession. Il génuflecte au « Et verbum caro factum est » puis au signal du cérémoniaire indiquant le départ de la procession. Il se retourne, et tous rentrent à la sacristie. Là, tous font la révérence à la croix, puis au célébrant, et s’agenouillent pour recevoir la bénédiction de celui-ci.
- in plano signifie « au sol », c’est à dire sans monter sur le marchepied ↩︎